Allez, tous debout les enfants ! On lève les bras, on allume ses briquets, on chante en chœur et on applaudit nos copains d’Electronic Arts qui viennent sans vergogne de cracher dans la bouche des joueurs européens et par extension dans celle de l’industrie du jeu vidéo.
Pourquoi ? Parce qu’à une époque où tous les jeux se font pirater, peu importe le support ou la qualité, à une époque où les éditeurs pleurnichent à cause des méchants refusant de payer, le studio Harmonix a déterré la vraie bonne idée pour juguler le piratage. Celle qui met tout le monde d’accord et pousse à acheter les jeux, à s’y accrocher et à les aimer. En créant une licence de qualité, au concept original, totalement indissociable de ses acces-soires, les développeurs ont réussi à lutter con-tre le sentiment que les jeux étaient devenus immatériels (merci les boîtiers DVD et les manuels en PDF) et par conséquent que les voler, ce n’était pas si grave. Avec Rock Band et ses périphériques géniaux, impossible de faucher, de consommer et d’oublier, au contraire. Malheureusement, plutôt que d’encourager cette nouvelle donne et d’ouvrir la voie vers une solution originale au problème du piratage qui satisferait autant les joueurs que les producteurs, Electronic Arts a vu l’opportunité de se faire de l’argent facile, sur le dos de ces imbéciles d’Européens.

"I have a Drum..." Car pour vous offrir Rock Band et son pack "micro-batterie-guitare" (on ne parle même pas d’une seconde guitare ou d’une basse, 70 euros pièce) qui, évidemment, donne tout son sel à cet excellent jeu musical, il vous faudra débourser près de 250 euros en France, contre l’équivalent de 115 aux États-Unis (en comptant une TVA à 20%) : une belle arnaque pour les pigeons comme nous. Enfin, maintenant que l’abcès est percé, on va passer à l’essentiel : Rock Band, c’est bêtement fantastique. Même s’il ne s’agit que d’un Guitar Hero amélioré. Mais après avoir subi le massacre du troisième épisode, de ses partoches moisies et de tous les trucs en rab’ qui ne faisaient que pourrir l’esprit, c’est vraiment une joie de tomber sur les œuvres d’Harmonix. Guitare, basse ou batterie : on a l’impression de jouer pour de vrai, avec des doigtés ou des enchaînements crédibles et pas juste de l’écrasage de boutons athlétique. Quant au chant, ben, je suis un peu trop mauvais pour juger mais tous ceux ayant tripoté le ma-chin à la rédac’ semblent en être extrêmement satisfaits. Évidemment, le titre se révèle véritablement grandiose en multi, chaque joueur s’occupant de son instrument, repêchant celui qui s’est planté d’une "transe rock’n’roll" bien placée ou se synchronisant pour réussir un bœuf final délirant. Le mode "Tournée mondiale en groupe" joue d’ailleurs un rôle énorme dans la sensation de cohésion entre les musiciens : on passe de clubs minables en salle de concert, on voyage en mini-van, on se prend la tête sur les tenues de scène, le batteur meurt comme tous les batteurs et Gringo veut dissoudre le groupe parce que tout le monde se moque de sa permanente de la vraie vie réelle. Alors, on reprochera peut-être un système de sauvegarde absolument minable par excès de complications, des instruments trop fragiles pour le prix et plein de trucs mais, misère, qu’est-ce que c’est chouette.
Je pourrais vous conseiller de boycotter ce jeu fantastique pour qu’Electronic Arts comprenne que les clients Européens ne sont pas des vaches à lait décérébrées. Malheureusement, les brillants stratèges de la société risqueraient d’interpréter tout de travers et d’en déduire que nous ne voulons plus de jeux musicaux bien chiadés mais plein de Madden 2008, 2009, 2010 and Co. Alors, vous faites ce que vous voulez. Rock Band, c’est génial, mais pour nous autres, c’est juste honteusement cher pour ce que c’est.