Impulsion de meurtre
The Political Machine 2008 sort juste en mê-me temps que la version finale d'Impulse, le clone de Steam made in Stardock. Verdict : 12 heures de cafouillage au lancement (les numéros de série fournis étaient refusés...), une interface sympa, une "livraison digitale" d'une rapidité correcte mais absolument rien de renversant par rapport à Steam, dix fois plus riche au niveau des fonctionnalités.
Maître Paul Cul, à la conquête
de l’Ohio, s’apprête à prononcer
un discours sur le retrait en Irak.
Le grand cirque de la campagne électorale pour la présidence des États-Unis commence, et même si ce pays a perdu toute crédibilité morale et diplomatique après huit ans de Bushisme, on va tous se passionner pour ce soap-opera à rebondissements. N'en doutons point, on découvrira sûrement que la campagne de Barack Obama a été financée par le mollah Omar, ou bien que John McCain est à ses heures perdues un strip-teaser transformiste qui se produit sous le nom d'emprunt "Crazy Pussy" dans un cabaret de Broadway.
Mais il y a des choses beaucoup plus sérieuses dans les élections américaines, notamment les finasseries du système électoral, basé sur un vote par État, qui obligent les directeurs de campagne à mener des stratégies complexes. Et c'est justement cette discipline assez passionnante que nous propose de découvrir Stardock avec The Political Machine 2008, la nouvelle version d'un bon petit jeu publié il y a quelques années. Tout a été remis à jour pour s'adapter à la nouvelle campagne : candidats disponibles, démographie politique, sensibilités aux différents sujets d'actualité, le tout saupoudré de mécanismes de jeu un poil plus complexes et d'une interface cartoon.
Paul Cul for president.
Alors, pour ceux qui ne connaissent pas le Political Machine original, voilà comment ça se passe. On commence par se choisir un candidat : un modèle prédéfini genre McCain, Obama, Clinton, Romney, où une version custom dont on modélise l'apparence physique (c'est toujours rigolo), les caractéristiques comme dans un RPG (charisme, capacité à lever de l'argent, point d'action par tour...), et la plate-forme politique (une vingtaine de sujets sur lesquels on choisira une orientation plus ou moins marquée). Ensuite, c'est parti pour 41 semaines de campagne, soit autant de tours de jeu durant lesquels on va déplacer son petit pion de candidat sur toute la carte électorale. Dans chaque État visité lors d'un tour de jeu, on peut déclencher des actions : construire un bâtiment (QG de campagne, bâtiment pour les conseiller ou bâtiment de "Communauté"), démarrer des campagnes de pub, faire un discours ou encore lever des fonds. Chacune de ces actions va influencer votre notoriété, votre position sur les grands thèmes politique actuels – retrait en Irak, délocalisation des emplois, soins médicaux universels... on en compte plusieurs dizaines – et donc, par une série de calculs très bien expliqués dans le manuel de jeu, le pourcentage de votants que vous pourrez espérer récolter dans tel ou tel État.

Ici, un combat d’une rare violence pour le contrôle des "Swing States" de la Côte Est.
C'est donc comme ça que Bush a été élu ?
Si les premières parties en mode Facile peuvent se gagner en respectant les grandes lignes de ce qu'un français moyen connaît de la politique américaine (attention astuce : ne faites pas de discours prônant le mariage homosexuel dans l'Arkansas), il faut véritablement se prendre la tête en mode "Normal", optimiser les déplacements du candidat et inspecter à la loupe les sondages de chaque État. Et pour peu que vous aimiez un peu la politique et que vous ayez regardé la dernière saison de The West Wing, ça fonctionne assez bien. Je me suis retrouvé à trois heures du matin à me demander si mon candidat, Maître Paul Cul, démocrate bon teint, devait abandonner la Floride pour se concentrer sur l'Ohio, ou bien mettre un paquet de fric en publicité dans les États du Sud pour tenter d'inverser la tendance, et promettre les soins médicaux universels à tous les retraités de Miami. Ça n'est pas vraiment un jeu à la "Tycoon" ou un jeu de gestion classique avec recettes et dépenses, c'est plus de l'analyse de statistiques, de la prise de risque, et dans les niveaux de difficulté supérieure, une vraie compétition contre une I.A. loin d'être débile, qui sait bâtir une vraie stratégie en se focalisant sur les "gros" États, ceux qui rapportent le plus de grands électeurs, genre Californie, New York, Texas, Floride. Et les fins de campagnes sont parfois haletantes avec des "Swing States" où chaque candidat envoie des petits persos comme "Star Hollywoodienne" ou "Spécialiste du dénigrement" qui filent des bonus dans les États où ils officient. Il y a aussi les inévitables groupes de pression dont il faut gagner le support en accumulant du capital politique pour mettre l'accent sur certaines positions politiques.
Apprendre en s'amusant, oui c'est possible.
Comme le Political Machine original, TPM2008 peut-être qualifié de "petit" jeu. Petit au sens où l’on sent que le budget n'est pas celui de GTA IV (même si l'aspect du jeu est agréable, dans son genre), qu'il est vendu moins de 20 dollars sur Internet et qu'au bout d'une petite semaine, vous aurez sûrement trouvé les "recettes" qui marchent le mieux, créé le candidat idéal et totalement essoré le jeu. Tenez, je vous donne quelques trucs si vous choisissez un démocrate : prenez des positions fermes sur l'Irak, le prix des carburants et l'amélioration de l'économie, puis mettez le paquet sur le nord-est et toute la Côte Ouest en laissant l'effet se diffuser aux culs-terreux républicains des petits États ruraux du centre et du sud. On peut quand même s'amuser une bonne quinzaine d'heures avec TPM2008, certainement pas plus, car le jeu devient répétitif, même en utilisant les scénarios alternatifs (une campagne en Europe, une autre sur une planète extraterrestre de Galactic Civlizations 2). Mais le gros noobzor de la politique US en sortira avec une solide connaissance des grands enjeux électoraux de ce pays, et pourra suivre la campagne sur BFM TV ou LCI avec un œil d'expert.
Le Wardwellgate. Alors oui, j'ai bien aimé The Political Machine 2008, et pourtant, je vais mettre un gros warning sur ce jeu. Car l’acheter, c'est donner de l'argent à Brad Wardwell, le PDG de Stardock, le designer principal du jeu, et accessoirement un épouvantable benêt républicain qui, sur son blog, alors que personne ne lui a rien demandé, raconte que Barack Obama est antiaméricain parce qu'il refuse de porter un petit pin's à drapeau sur sa veste. Véridique. On découvre aussi, çà et là, quelques petites touches de propagande pro-McCain, par exemple dans les caractéristiques des candidats, dans la répartition des votes en début de partie, quelques descriptions pas si neutres que ça des différents sujets d'actualité... Bref, même si c'est subtil, même si les développeurs se sont retenus d'afficher un gros "McCain for President ! Bomb Iran !" à chaque écran de chargement, ça pue, ça sent le parti pris, et d'ailleurs les développeurs doivent régulièrement s'en défendre sur les forums officiels du jeu. Alors vous me direz que ce n'est pas le sujet de Canard PC. J'avais eu un jour ce débat avec l'ancien rédacteur en chef d'un gros site : il me soutenait que lorsqu'on teste un jeu, on doit faire abstraction de l'idéologie qui l'entoure et juger uniquement sa capacité à distraire. Je ne suis pas de cet avis, et à titre personnel, je n'achèterais pas ce jeu (je vais me contenter de la version payée avec la Carte Bleue de la rédaction...) parce que je sens qu'une partie de cet argent finira en don à John McCain, pour qu'il puisse expliquer au bon peuple américain qu'il faut foutre les Mexicains dehors et passer les vilains barbus à la gégène. Brad Wardwell a tout à fait le droit d'exprimer ses opinions navrantes et son patriotisme bas du front dans ses jeux vidéo et ses forums, mais je pense qu’il gagnerait beaucoup à la fermer et à ne pas coder en laissant Fox News en bruit de fond.
The Political Machine 2008 est une simulation de campagne présidentielle américaine assez sympathique, un jeu vendu à un prix "Budget" qui pourra vous occuper deux ou trois week-ends, le temps de piger les techniques gagnantes. Après, ça devient répétitif, mais le côté éducatif du titre vous permettra de comprendre les subtilités de la campagne présidentielle américaine. Reste que le jeu est développé par un gros républicain intégriste, du genre à avoir un aigle, un Colt et un drapeau sudiste peint sur son pick-up, et ça a parfois tendance à
se voir.
Ackboo
7/10