Je vais le dire tout de suite, comme ça on ne me reprochera pas d’avoir passé sous silence la grande qualité du jeu : le doublage est fantastique. Je suis relativement difficile en la matière et pourtant, les comédiens m’ont totalement convaincu. Le ton des voix est juste, la plupart n’en font ni trop ni trop peu, les textes sont lus avec conviction, voire avec la petite dose d’inspiration nécessaire pour faire passer la vanne minable écrite par un auteur à la ramasse en blague pourrie mais mignonnette.
Mieux encore, la jeune femme chargée de doubler Sunny, l’héroïne, est absolument admirable. Malgré un personnage délibérement stupide et unidimensionnel – parce que bon, les blondes, c’est LOL comme on aime à le répéter dans les hautes sphères de l’édition BD –, notre speakerine accomplit un exploit : faire passer un peu d’émotion, de chouettes modulations dans la voix laissant comprendre que, indépendamment des dialogues ou des descriptions, Sunny est peut-être davantage une gentille gamine prisonnière de son image qu’une vraie conne pur jus.
Alors, voilà, je voudrais rendre hommage à ces combattants de l’ombre et me mettre à leur place : passer 30 heures coincé dans un box sur-chauffé à débiter des textes d’une imbécilité abyssale, ça mérite tout le respect du monde.
Surtout quand on réussit à extraire du ratage pour le porter dans les sphères de la médiocrité par la simple force de ses cordes vocales.
"C’est l’histoire d’un ratage..."
Parce que So Blonde, jeu d’aventure "rigolo" click & play, c’est pas jojo. Premier point, le mélange des genres, c’est sympa, mais faut faire quelques efforts. Entre les fonds 2D vaguement déformés par un effet de flou pour donner une sensation d’animation et les personnages en 3D, on sent comme un problème d’intégration. Les PNJ et l’héroïne, dès qu’ils passent au premier plan, scintillent grâce à un subtil mélange d’aliasing et de fourmillement intensif. De quoi pourrir la rétine de l’astigmate moyen. Et de quoi souligner le peu d’effort accordé aux animations, mise à part celle du roulage du cul.
Je reste admiratif devant l’audace des développeurs qui ont osé nous balancer des écureuils mutants et des péronnelles peroxydées glissant sur un décor sans profondeur comme la dernière des Surya Bonaly sur une patinoire. Et en ce qui concerne le gameplay et l’écriture, bah bof quoi. La blondasse tombe d’un bateau, poussée par un goujat, elle
se réveille sur une île coincée chez les pirates, sauce XVIIe siècle (comme dans Monkey Island).
L’humour tente poussivement de faire son trou entre anachronismes (un téléphone, c’est quoi un téléphone ?) et running gags sur les blondes, forcément cucul la praline et midinette, avec une louche d’érotico-soft à l’attention des pauvres gens que les pixels mineurs mais bien formés excitent. Quant aux quêtes, que dire, on voudrait nous servir du fantaisiste
et de l’absurde, on écope du débile. Voilà donc
un titre qui ravira les andouilles n’ayant jamais tâté d’un Sam & Max nouvelle période.

Racolage passif pendant
les chargements ?
Ça sera un 3/10, mademoiselle.
Chargements trop longs pour être honnêtes, qualité graphique en dessous des standards, humour qui donne envie de se crever les yeux, passages arcade à la Game & Watch absolument abjects, So Blonde est So à la masse que j’ai envie d’en pleurer. Et puis bon, le concept des blagues sur les blondes, je croyais que ça avait été déclaré officiellement ringard depuis deux ans. Sans doute peut-on espérer une suite avec des roux qui puent ? Mais un big up wesh yo aux prolétaires du doublage qui ont malgré tout assuré, cachetonnant avec honneur et tous mes compliments.