Voyage Voyage !
Mass Effect propose de jouer à saute-
mouton entre les systèmes solaires. Vous recevrez donc un chouette vaisseau en dotation, ainsi que son équipage. C’est dans ces moments-là que vous aurez l’occasion de vraiment discuter avec vos coéquipiers et approfondir vos relations. Attention tout de même, si la carte stel-laire est touffue et augmentera au gré
des discussions, vous ne pourrez pas explorer toutes les planètes et hériterez souvent d’un simple texte en lieu et place d’une petite exploration. Pfff, j’suis déçu, déçu, déçu.
Pour être honnête et pour plagier mon bien-aimé Threanor, les jeux Bioware, depuis quelque temps, c’était plus trop ma came :
Neverwinter Nights 2 n’a jamais su s’élever au niveau des promesses de son éditeur et
Jade Empire, je préfère éviter le sujet. Alors,
Mass Effect, j’en écopais sans trop d’espoir. Une conversion console, en plus : pas de doute, j’allais bouffer du simplet, du sirupeux, du mal torché, du prédigéré. Un vrai bon produit pour les flemmasses ayant besoin d’un canapé pour jouer. Eh bien, une fois de plus, me voilà les quatre fers en l’air et la gueule enfarinée. Si
Mass Effect évacue la plupart des mécanismes traditionnels du jeu de rôle "PC" en simplifiant encore un peu plus les rouages d’un
Star Wars : Knights of the Old Republic, il se révèle finalement une sacrée chouette bonne réussite. Le genre de jeu qui fait du bien à l’heure de fuir le quotidien : un univers touffu et atypique, du dépaysement à tous les étages et surtout un grand soin accordé aux quêtes et autres milliers de textes parsemant l’aventure.
Tortue sous stéroïdes vs Cyberlézard : qui c’est le plus fort ?
’spèce d’opéra ! Premier signe d’un bon jeu : l’audace. Là où la plupart des concurrents s’échinent à nous assommer à coups de mediéval-fantastique plus ou moins sombre, plus ou moins pessimiste et plus ou moins dénudé, Mass Effect joue directement la carte du Space Opera et des difficultés inhérentes à ce choix. Là où tout le monde connaît par cœur les archétypes moyen-âgeux ressassés depuis des décennies, évitant de longues explications et trop de travail d’invention, les gars de Bioware ont décidé de rentrer dans le tas en construisant de toutes pièces un univers. Les humains ont découvert, il y a peu, le voyage dans l’espace, mais leur persévérance et la bienveillance d’une race extraterrestre ont précipité un peu les choses. Depuis une quinzaine d’années, nous nous rapprochons même de l’ONU spatiale, le Concile. Tout semble donc annoncer pour la race humaine et pour ses voisins une période de prospérité et de paix inhabituelle après des siècles de guerres. Seulement, voilà que la découverte d’un artefact sur une colonie terrienne accélère les événements et réveille une menace mécanique depuis longtemps disparue aux confins de la galaxie.
Cap’tain, mon Cap’tain. Seconde manifestation de l’intelligence des développeurs, oubliez la structure "roman d’apprentissage" inhérente au genre du jeu de rôles. Le personnage que vous incarnez n’est pas un énième inconnu poussé par un événement extraordinaire dans une aventure au long cours qui en fera un héros.
Dès le début, vous êtes un vétéran, un soldat ayant connu l’expérience du feu, salué par ses pairs et connu de tous. Et ce n’est pas un hasard si vous vous trouvez engagé dans une gigantesque quête destinée à sauvegarder l’humanité et la vie en général : c’est votre boulot, un point c’est tout.
Des modificateurs accessibles à la création du perso permettent tout de même de raffiner l’expérience.
Vous pourrez être un soldat craint pour son absence de remords, un héros de guerre transformé en star ou le rescapé traumatisé d’une expédition coloniale ayant mal tourné.Moi, j’ai choisi le dernier, ça colle mieux à mes cicatrices. Dans tous les cas, le nécessaire a été accompli pour donner une épaisseur à votre portrait, au détriment certes de la personnalisation, mais au profit de la narration. Car, raconter une histoire et bien la raconter, c’est ce qui semble prédominer dans Mass Effect. Autant être honnête, les fiches de perso, les statistiques et tout ça, ici, on s’en fiche un peu.
Ah, c’est pas Fallout ? Oubliez les caractéristiques et les compétences médicales ou techniques permettant d’influencer les dialogues. Héritage console oblige, on se contentera de skills ayant un rapport avec le combat (armé ou magique) et le hacking. Tout au plus pourra-t-on investir quelques points pour influencer, par le charme ou l’intimidation, les interlocuteurs. Non, Mass Effect n’est pas un jeu simulation-niste et les phases de combat à la troisième personne en temps réel pausable plutôt que pausé, ne s’embarrassent pas de complexité. L’approche est au contraire extrêmement arcade, rappelant parfois Gears of War malgré une visée dépendant bien de statistiques. Les ennemis sont signalés, sauf brouillage radar, par de jolis losanges orange, on s’adosse à une couverture avec ses coéquipiers puis on tire jusqu’à ce que mort s’ensuive en essayant de ne pas faire surchauffer les thermo-lasers à réaction, tout en plaçant régulièrement une grenade ou un pouvoir magique pour faire bonne mesure. Et de toute façon, les combats comme les explorations en "tank" sur la surface des planètes constituent plus une formalité rafraîchissante qu’autre chose : si l’I.A. des alliés est douteuse, avec une passion pour le tir sur caisse et l’absence de mise à couvert, celle des ennemis est absolument catastrophique et il
suffira bien souvent qu’un PNJ accapare leur attention pour faire un détour et les massacrer. Qu’importe, on ne nous assomme pas sous la baston et, hors quête principale imposant d’affronter le grand Némésis et ses troupes régulièrement, la plupart des affrontements sont optionnels et gagnent à être évités. À titre d’exemple, au cours de mes six premières heures de jeu, je ne pense pas avoir consacré plus de cinquante minutes à répandre des tripes biomécaniques sur des terres étrangères.
Le Guide Galactique. Parce qu’il y a tellement plus important dans la vie. Si Mass Effect n’offre pas le champ gigantesque d’un Oblivion, ni son apparente liberté d’action, il se rattrape sur un soin monumental accordé aux quêtes. Dans l’immense majorité des missions, vous pourrez bosser pour tous les camps qu’elle oppose, trahir et avec un peu de chance réussir à recoller les morceaux. Seulement, pour se permettre ce luxe, il faut étudier méticuleusement le monde tellement dense et fouillé de Mass Effet, sauter avec plaisir sur tous les dialogues optionnels en espérant grappiller l’info qui fait la différence et ne pas succomber à la solution de facilité. Le jeu encourage la récolte de connaissance ; en effet,
le simple fait de consulter un ordinateur ou de mener une discussion en s’arrangeant pour épuiser tous les sujets peut rapporter de l’XP. Second effet Kiss Cool, c’est par ce réflexe que vous débloquerez la plupart des choix de dialogue vraiment intéressants, ceux qui permettent de soutirer de chouettes trucs aux deux parties sans froisser personne. Ce lien entre nécessité du gameplay et découverte de l’univers impose sans trop de peine Mass Effect comme le RPG de l’été car, sans qu’on y prenne garde, il nous intègre lentement et efficacement dans le bain. Au point de laisser, en fin de partie, le joueur pantelant, plein
d’idées et de questions, le propre des meilleurs romans-monde de la S.F. Évidemment, on peut aussi jouer en effleurant la surface, ce qui aura pour effet de laisser dans la bouche un sale
arrière-goût de jeu linéaire entrecoupé de combats pas transcendants. Mais ça serait passer à côté d’une superbe toile d’araignée où ragots, discussions métaphysiques, diplomaties et quêtes secondaires finissent par rejoindre l’intrigue principale et lui faire prendre un tournant nettement moins prévisible qu’on pouvait s’y attendre.
Le bien, le mal, le reste
Dans Mass Effect, on est par-delà le bien et le mal. Pas de karma et autres jugements judéochrétiens à deux balles. Ici, on est transcosmopolite et on évalue votre comportement selon deux jauges distinctes : conciliation et pragmatisme. Évidemment, cela ne vous empêchera pas de faire des coups vaches à tout ce qui bouge, mais ne vous attendez pas à pouvoir vivre une histoire faite de monstruosités et de génocides. Vous êtes le sauveur des mondes après tout. Tout au plus vous autorisera-t-on les coups bas faisant passer votre intérêt particulier avant le respect d’autrui et des lois. Mais bon, c’est toujours plus drôle de jouer tout gris et de profiter de tout.
Fini l’interfarce
L’évolution la plus marquante entre Mass Effect PC et Console, outre l’intégration du mini-add-on "Bring down the sky" et la hausse moyenne du Q.I. des joueurs visés, tient à une remise à plat de l’interface.
On pourra donc profiter de la souris en combat, pour viser ou piocher dans les options tactiques. Côté inventaire, on écope d’un système d’onglets qui, avouons-le, est très loin d’être satisfaisant. Mais bon, ça permet de comparer les pièces
d’équipements facilement et, je vous le répète, l’intérêt du jeu ne siège pas dans les flingues et les amours.
Beau comme de la 360. Reste un point à nuancer, la réalisation technique. Ah, je crois que Gana lit par-dessus mon épaule. En plus il lit à haute voix, c’est extrêmement pénible, tiens essaye ça pgnlkrthrtkkjh. Il y arrive le bougre. Attendez, je le cogne et je reviens. Voilà. Donc, si les premières heures sont absolument irréprochables, mêlant design extrêmement soigné (les races extraterrestres sont justes époustouflantes) et réalisation technique correcte, je regrette que le niveau d’exigence baisse assez vite. Les concepts sont toujours chouettos, mais les planètes ne servant qu’à des quêtes secondaires ou des missions de routine souffrent d’une déficience conjointe en matière de texture et d’originalité. Au final, ces phases de jeu rares mais néanmoins présentes s’avèrent d’une répétitivité désagréable et entachées du syndrome de la texture qui se charge à un mètre du perso. Un problème existant sur les mondes un peu plus étoffés mais étouffé par l’exotisme et l’inventivité de l’ensemble. Reste l’animation du héros absolument haïssable en mode course, mais on ne laissera pas ce genre de considération bassement esthétique nous arrêter : Mass Effect est enthousiasmant et même le doublage français réussit à ne pas s’en sortir trop mal. Alors, hop, allez l’acheter, jouez-y comme des cochons et offrez-vous des vacances pas chères, en matant des yeux pédonculés et des pseudopodes sur fond d’espionnage industriel et d’intrigue de cour.

En tant que fan de RPG, Mass Effect a tout pour me faire tiquer : combats simplistes, fiches de persos anémiques, univers finalement assez borné et étriqué. En théorie, car en pratique, une fois lancé, il est difficile de se détacher de cet excellent condensé d’histoires malignes et bien racontées servi par des quêtes aux résolutions multiples et souvent pacifiques. On apprend à connaître l’univers, on se fond dans les cultures, us et coutumes, on se taille une route dans le fouillis mystico-diplomatique de certains peuples et surtout,
on s’éclate.