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Ca fait un bail que je me demande comme introduire l'autre versant du Mythobar. J'avais besoin d'une vidéo résumant en trente secondes un concept super dur à expliquer.
C'est bon, je crois que je l'ai.
Vous l'aurez compris, ces billets-là mépriseront grave les jeux vidéo et l'allégorie pourrie pour s'intéresser aux évènements tellement hallucinants, tellement absurdes que toute tentative de récits à vos proches vous transformerait à leur yeux, instantannément et pour longtemps, en putains de sacrés menteurs.
 La réalité est un champs de mines.                                                                         Mais, c'est toujours mieux qu'un champs de mimes.
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Pour écrire convenablement, j'ai besoin que la Colère Divine descende sur moi. Dans ces instants-là , je suis juste et terrifiant, infaillible et vengeur. C'est comme ça : le sujet provoque, le monde s'efface sur les bords, la tête devient trop pesante pour donner le change et le torrent des artères noie le reste. Plus tard, les choses sont dites, bien mieux que je ne sauraisles taire.
Evidemment, ça ne marche pas à tous les coups. Des fois, faut que je ruse, que je braconne. Au début, je croyais que c'était histoire de sacrifices. Deux boules quiès trop enfoncées, trois petites pillules rouges, assez d'introspection pour sentir l'innervation de mes cuisses. Et puis, j'ai su que ces fois-là , s'il débarque, c'est qu'on se fout de sa gueule. Les oreilles bouchées pour entendre le sang, les cachetons pour rétrécir la perception et affoler le coeur, la concentration pour croire que le corps est en fête : Ersatz. Alors, il chasse les faux prophètes et s'acquitte de sa tâche seul. C'est comme ça que je le tiens depuis un bail.
Manque de bol, tout s'étiole. Car vous l'ignorez, mais aujourd'hui est un jour grave pour nous tous. C'est le jour de la certitude, un truc pire que la semaine de la déception ou le mois du fromage de tête à Villeneuve-Des-Chantes. Et cette sombre ordure n'est pas là . Malgrè les six hydroxycuts, le jeûne et tout ce que j'ai pu m'infliger. Alors, vous me direz que c'est mon problème, qu'il me suffit de bander mes muscles journalistiques et d'aller au charbon comme un grand, pour une fois. Sauf que non.
Parce que si même Dieu, ou le truc qui m'en sert, n'en a plus rien à foutre des jeux vidéo, on est quand même bien mal barré. Enfin, peut-être pas. Peut-être y a-t-il des choses si lisses et si plates qu'elles ne laissent pas de prises à ses crocs et ses griffes. Peut-être y a-t-il des recettes tellement diluées et édulcorés que l'amertume de sa bile s'y perd. Et des trahisons si indolores que le deuil de l'indignation est la seule réaction ayant du sens. Allez, il faut encore aller manger.
On a beau, en bon privilégié, recevoir tous les jeux de la création sur le pas de sa porte, dur de résister à l'appel de la boutique. Section loisir du carrouf', rayon interactif de la FNAC numérique, magasin poussiéreux d'un revendeur de province, j'ai besoin d'aller squatter là bas, histoire de voir qui achète quoi et de me moquer, parfois. Finalement, j'y traîne assez souvent pour avoir été le témoin impuissant et navré d'une mutation contre nature quoique tristement prévisible. Les premiers joueurs vieillissaient, notre loisir préféré grignotait la télé, le cinéma et le livre, bouffait les linéaires comme la lèpre un bras de poupon : Triomphe, blitzkrieg ludique, on avait de quoi être fier. Reconnaissance économique, aussi, émission de télé, notre loisir s'était enfin taillé une place dans le monde. Sauf qu'en catimini, sans qu'on ne la soupçonne trop, la voix de nos parents, le gnagna usant se plaignant de l'inutilité des jeux électroniques et de « à quoi ça va te servir dans la vie » s'installait dans nos têtes. Et dans celles des développeurs. Et gonflait. En loucedé, les jeux commencèrent à déborder du loisir pour aller se vautrer ailleurs. Jusqu'au jour maudit où ils devinrent utiles. Mais, on ne se laissa pas baiser par les jeux éducatifs : tous les gamins savaient qu'ils ne s'agissaient que d'une invention vicelarde pour nous faire avaler la pilule des devoirs. Seuls ceux qui auraient bossé de toute façon se servaient de ces machins pour apprendre. Alors, le Grand Satan du sérieux décida de revoir sa copie.
A une époque si éloignée qu'on a fini, en grandes coquettes, par l'oublier, les jeux vidéo n'avaient qu'un intérêt : jouer, se détendre, s'amuser, appeler ça comme vous voulez. Dans les vastes prairies de l'Eden, entre l'arbre à déconne et les fruits du rigolo, on se tirait dessus, on ramassait des champignons ignorant des responsabilités, du concept d'utile, se contentant de se vautrer en grands jouisseurs dans une mare de pixels plus ou moins colorés.
Malheureusement, tapi dans sa forteresse de solitude planquées sur les sommets du mont Raison, l'ennemi attendait son heure, étrennant ses maléfices sur un tas de bouquetins qu'il avait croisé en aller chercher le pain. Haïssant l'insouciance et le je m'en foutisme qui nous caractérisait, le docteur Surmoi préparait son grand soir. Et, désolé de vous niquer le suspense, mais le salaud a gagné, sans effort, sans armée, se contentant d'encourager nos tendances. Avant même que l'on puisse réagir, les ténèbres de l'âge adulte s'étendaient sur nous. Voilà qu'on ressentait un étrange désir, celui de descendre les poubelles. Et de faire quelque chose de notre vie aussi. Logiquement, altéré par notre nouveau comportement, les jeux ne résistèrent pas longtemps, changèrent et perdirent une part de leur magie.
La réalité est un champ de mine et j'ai jamais eu la patience de regarder où mettre les pieds. Pour avancer sans trop d'emmerde, dans ces cas-là , pas vraiment le choix : faut balancer du mensonge, prospecter à l'exagération. Et de toutes façons, depuis quelques temps entre la réalité et la fiction, je vois surtout de la friction.